31 juillet 2007

Anecdotes patrimoniales

J'ai entendu parler ces jours-ci de l'actualité de la Bibliothèque de l'Institut. Ils n'achètent pas grand chose tous les ans, à part les livres des académiciens et sur les académiciens. En revanche, ils reçoivent en leg ou en don des collections prestigieuses, et conservent des choses remarquables. A commencer par leurs locaux d'ailleurs, auxquels malheureusement l'on n'accède que bien introduit.

Mais bon, des fois, il leur arrive des trucs marrants. Par exemple, en mars de cette année, ils ont récupéré une édition américaine de Macbeth de la fin du 19è, appartenant à une collection de valeur. Le bouquin portait une cote de la bibliothèque de l'institut : il était déclaré perdu depuis ... 1902! C'est un libraire qui l'a donné.

En revanche, d'autres fois, ça marche pas si bien. Par exemple, ils ont failli récupérer une lettre autographe de Descartes à Mersenne (ce grand homme méconnu, un type de réseaux, il aurait adoré vivre à notre époque, me dis-je quand je pense à lui environ une demi fois par an). Cette lettre avait été piquée début 19è par un italien, et quand elle a été mise en vente à Bâle au début de l'année, ils ont tenté de râler, en expliquant qu'à la base c'est un bien public, inaliénable, etc... sauf qu'en Suisse, on ne reconnait pas le délit de recel. Et donc, hop, coincés. La lettre devait être vendue aux enchères, donc, avec un prix de réserve, qui n'a pas été atteint (aux alentours de 150 000€). Du coup, le propriétaire de la lettre a proposé de la revendre, un peu moins cher que le prix de réserve.
La bonn'aff!
L'institut tente le tout pour le tout, bat le rappel auprès de ses mécènes, le Ministère de tutelle accord généreusement trois clopinettes (genre 10 000€)... Macache. Ils n'ont jamais réussi à réunir la somme. Je ne sais pas ce que la lettre est devenue. Le propriétaire avait l'air bien décidé à la vendre, puisqu'il était prêt à accorder une ristourne à l'Institut. J'imagine qu'il a été faire des offres exclusives à d'autres institutions, avec des tas de rabais.

C'est un peu comme quand on est obligé de vendre un bien immobilier relativement rapidement pour solder un héritage, ou au moment d'un divorce, en période de crise. Au début, on tente le tout pour le tout auprès du réseau habituel de vente, avec un prix de façade élevé. Et puis bon, au bout de quelques mois, on se rend compte que, ok, les autres affichent les mêmes prix sauf que personne ne vend et que les autres préfèrent attendre. Du coup, on négocie un max, en sous-main, au cas où un pigeon se présenterait et serait prêt à payer toute la somme (anglais le pigeon, en général, ou Suisse, tiens, 'faut qu'il y ait une justice).

Si ça se trouve, au final, la lettre sera vendue à un prix que l'Institut aurait pu se permettre de débourser, ou que les mécènes auraient trouvé acceptable. Si ça se trouve, d'ailleurs, ils jouent une petite partie de bras de fer en ce moment.

Ce billet aura une suite, car il y a un lien avec la réforme des universités.

Lisette

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