18 mai 2007

Glanceability, Guy Môquet, et d'autres personnages....

Je viens de trouver ceci :
Glanceability is about enabling "users to understand information with low cognitive effort".
C'est chez Lorcan Dempsey, qui cite un papier de gens de Berkeley. Oui, je sais je lis des trucs bizarres.
Ca ne m'a pas fait du tout penser à ce à quoi ça devait me faire penser, c'est à dire le boulot, mais ça m'a fait penser à Sarko.

Vous le savez, ces jours-ci, on a encore le droit à un mini-scandale. Il faudrait lire la lettre d'adieu de Guy Môquet  dans tous les lycées de France à la rentrée (un lien vers l'académie de Versailles, parce que personne à l'Education Nationale n'a attendu hier pour trouver que c'était une belle histoire à raconter aux jeunes). Entendons-nous bien : j'ai trouvée très bien la première journée du président. La lecture de cette terrible lettre à la cascade du bois de Boulogne, c'était carrément magnifique, et ça valait le coup de le faire.

Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,


Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi.
Certes, j’aurai voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino [1]. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !
J’éspère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge, qui je l’escompte sera fier de les porter un jour.
A toi, petit Papa, si je t’ai fait, ainsi qu’à petite Maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée. Un dernier adieu à tous mes amis et à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.

17 ans et demi ! Ma vie a été courte !
Je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous.
Je vais mourir avec Tintin, Michels.

Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes,
c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine. Je ne peux pas en
mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi Maman, Serge, Papa,
je vous embrasse de tout mon cœur d’enfant.

Courage !
Votre Guy qui vous aime

Dernières pensées : "Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !"




On a forcément les yeux humides en lisant une telle lettre. Mais vous savez pourquoi? Ce n’est pas parce que c’est un héros ! C’est "juste" parce que c’est un gosse qui va mourir et que c’est inconcevable. Mais comme les enfants malades il est capable de soutenir ceux qu’il aime dans cette épreuve. Parce qu’il est tendre, et que les mots de l’amour touchent toujours. Parce que c’est un écrit intime, et qu’on est forcément saisis d’être inclus dans le cercle restreint des destinataires premiers de cette lettre.

L'héroïsme, le sens de l'honneur, la camaraderie... toutes les valeurs que ce jeune homme incarnent aujourd'hui doivent normalement déclencher chez ceux qui les évoquent une certaine exaltation. Pas des larmes! Si on pleure, c'est parce qu'il va mourir.
Les ressorts de l'émotion de ce texte sont les mêmes que ceux qui nous amènent à pleurer la mort de Grégory Lemarchal (prenons un exemple récent). Fauché en pleine jeunesse, et si courageux, si mûr et si intelligent...

La lettre de Guy Môquet bloque toute analyse, parce qu'elle prend aux tripes. Après l'avoir lue, on ne peut plus se demander ce qui fait qu'un ado part en guerre, et ce qui a différencié Guy Môquet des jeunes terroristes d'aujourd'hui, ou des jeunes allemands d'autrefois tombés sur le front Est (bien des choses, mais pas juste le patriotisme ou le sens de l'honneur, ni même la camaraderie). On ne peut pas réfléchir à ce que signifiait être communiste à cette époque, ni quelle était la France qu'il défendait.

Cette très belle lettre, utilisée de cette façon, nous prend en otage de l'émotion qu'elle dégage. Il faut un solide sens de l'analyse pour passer à un discours rationnel, et en tirer des conséquences.

Alors, à quoi cela sert-il? Reprenons le discours présidentiel :
""Si j'ai tenu à faire ici ma première commémoration en tant que président de la République, dans ce lieu où de jeunes Français furent assassinés parce qu'ils ne pouvaient pas concevoir que la France reniât toute son histoire et toutes ses valeurs, (...) c'est parce que je crois qu'il est essentiel d'expliquer à nos enfants ce qu'est un jeune Français, qu'il est essentiel de leur montrer à travers le sacrifice de quelques-uns, de ces héros anonymes dont les livres d'histoire ne parlent pas, ce qu'est la grandeur d'un homme qui se donne à une cause plus grande que lui.
Je veux par ce geste que nos enfants mesurent l'horreur de la guerre et à quelles
extrémités barbares elle peut conduire les peuples les plus civilisés. Cela s'est passé en France, cela s'est passé en Europe, cela s'est passé au XXe siècle. (...)
Que le souvenir du grand crime que nous commémorons aujourd'hui vous pousse à oeuvrer pour la paix entre les hommes. Qu'il vous fasse comprendre que pour mettre fin au cycle éternel du ressentiment et de la vengeance, il a fallu construire l'Europe. Qu'il vous fasse comprendre pourquoi la réconciliation franco-allemande fut une sorte de miracle et pourquoi jamais rien ne doit conduire à sacrifier l'amitié qui après tant d'épreuves lie désormais le peuple français au peuple allemand.
"

Formidable, je cris bravo!
Moi aussi je crois que c'est dans cette période de notre histoire qu'il faut refonder notre unité,  et que c'est en  y repensant qu'on comprend que l'Europe est non seulement une nécessité absolue, mais surtout une très belle et très grande idée... C'est ce que Bayrou avait redit au Zénith, et là aussi ça m'avait fait pleurer.
Je suis d'accord à 100%, c'est très bon. OK il parle aux "enfants de France", et moi je dis toujours aux enfants de pas laisser des inconnus leur parler mais passons ;). Au passage, il fait la nique à tous ceux qui l'ont traité de fasciste, c'est très bien, c'était pas vrai.
Nicolas Sarkozy nous prend par les sentiments, mais c'est pour amener à des idées avec lesquelles je suis en accord.

Ce que je ne comprend pas, c'est la suite.
Quand il veut faire lire ce texte-là à chaque rentrée dans les classes de lycée. De quoi il se mêle?

Il faut contextualiser un texte pareil, expliquer de quoi il en retourne, ce qui était en jeu, qui étaient les protagonistes. C'est ce qu'il fait dans son discours... mais s'il pense qu'un discours est plus écouté par les jeunes qu'on cours en classe, il se fourre le doigt dans l'oeil jusqu'à l'omoplate le gars. Et puis il vit où, Sarkozy, pour penser que la lettre de Guy Môquet et l'histoire des fusillés n'est pas racontée dans TOUS les manuels d'histoire de Tle (puisque c'est en 3è et en Tle qu'on aborde cette période)

Pourquoi cette lettre-là en particulier?
Il y a bien d'autres textes sur le même sujet, bien d'autres exemples à donner. Je voudrais rappeler ici que Bayrou avait récité la rose et le réséda d'Aragon en entier lors de son discours au Zénith, un extrait (poème entier ici je me paye encore le luxe de vous le donner sur une page d'un prof de français, pour que vous voyiez à quel point les valeurs en question ne sont pas occultées dans nos lycées) :
Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
À la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat

Ca raconte l'unité, l'amour du pays, la France rassemblée, les croyants et les communistes partageant les mêmes valeurs jusque dans la mort. Les mêmes valeurs. Je signale également que dans les pages d'accueil de l'UDF, il est fait allusion parmi 'autres figures tutélaires à Gilbert Dru le résistant lyonnais mort à 24 ans. Je rappelle à toutes fins utiles que le chant des partisans est un des hymnes favoris de la gauche.
Bref, tout ça pour dire qu'on ne manque pas de références, que tout le monde est d'accord sur le principe, toutes les familles politiques, et qu'il y a matière à exemples. Alors pourquoi choisir une lettre en particulier, et la faire lire dans tous les lycées à chaque rentrée?

Mais bien sûr... c'est parce qu'elle émeut particulièrement notre président.

Alors moi je dis stop. Il va pas nous faire pondre une circulaire à chaque fois qu'il est ému le gars. Il va pas nous polluer nos cours de lycée avec ses émotions. On est en démocratie, pas en autocratie, forcés d'aimer ou d'être émus aux mêmes choses que notre chef suprême. Il a le droit de la lire tant qu'il veut sa lettre, à chaque occasion officielle s'il veut! Mais il en fait pas une cérémonie officielle de la rentrée! Y'a le 8 mai pour ça, et les voyages de classes à Verdun pour se souvenir de l'horreur de la guerre!

Je dis stop et je réfléchis.
Oui parce que j'avais arrêté de réfléchir en relisant la lettre de Guy Môquet : elle me fait pleurer, et ça m'énerve qu'on me fasse pleurer.

Et que donnent mes réflexions?
Mais c'est bien sûr!!

La consigne au ministre de l'Education Nationale, c'est juste une provocation de plus! Comme l'identité nationale, ou les vacances chez Bolloré, ou la pédophilie héréditaire. On va bientôt voir se dérouler l'impeccable schéma :
1. Je provoque,
2. je laisse râler (y compris éventuellement dans mon propre camp)
3. J'explique en faisant des raccourcis (vous allez voir qu'en fait il a pas dit ce qu'il a voulu dire)
4. J'assume (t'as un problème avec la Résistance toi?)

D'où Glanceability.
Il choisit la lettre de Guy Môquet pour faire passer son idée, parce qu'on est forcés d'être pris aux tripes par ce texte. Ca implique un recours minimal à la raison (low cognitive effort). Hyper efficace.
Et sur la même lancée, il fait en sorte de s'approprier les valeurs de la résistance, ce qui éloigne définitivement l'accusation de fascisme qui lui a été servie pendant la campagne.

Puissant le gars.
Mais moi j'aime pas qu'on me prenne en otage de mon émotion. Et j'oublie pas qu'au passage, l'affaire du la censure au JDD a été occultée, pendant qu'on sait très bien à quelle heure Cécilia, qui s'est donc abstenue de voter pour son mari, est arrivée à Brégançon.

Glanceability
, parce que quand quelque chose vous attire l'oeil, la plupart des gens ne vont pas plus loin chercher la petite bête. (y'en a peut-être pas, bien sûr, mais moi je suis fouineuse de nature, et plus on cherche à m'en mettre plein la vue, moins j'y crois)

09 avril 2007

Scandaleux

Edit du lendemain : je précise que je prends pas une minute au sérieux tout ce que j'écris dans ce billet. Je trouve juste un peu plus lamentable que le Figaro reprenne des légendes urbaines aussi stupides que les bruits qu'on peut lire sur internet en ce moment. Tout ça, c'est juste très très, mais alors très con. Et c'est peut-être ça qui me fait vraiment bouillir.
Au passage : faudrait voir à arrêter de se prendre pour des conspirateurs.  Le lancement de cette pseudo rumeur a été mis en scène, ça ne fait pas un pli. S'il y a quelque chose à dire, cela sera dit par quelqu'un qui sera lu, ça sera repris, et pourra être commenté par les parties concernées. Et ça n'a rien à voir avec Internet. Quand quelqu'un veut faire savoir quelque chose, il trouve le moyen.

 Je bous.

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J'ai reçu cette reproduction d'une page du Figaro Magazine du week-end. Au cas où une sale rumeur sortirait sur Sarkozy dans les jours qui viennent, ils doivent prévenir le coup : soi-disant, d'après de jeunes militants UMP, les UDF mettraient du verre pilé dans la colle de leurs affiches. En fait, ce ne seraient pas exactement nous, militants, qui aurions fait cela, mais une société, payée par nous car nous manquerions de bras. Naturellement.
C'est absurde, indigne... et scandaleux, s'agissant du Fig Mag, qui a une prétention au sérieux. C'est comme si moi je vous disais que Cécilia Sarkozy est partie de nouveau, et a demandé le divorce en déposant une main courante pour violences conjugales, et que c'est Dominique de Villepin qui aurait le papier sur son bureau. Ou bien que Sarkozy n'arrête pas de piquer des crises, qu'il est au bord de la folie, et que ses proches se demandent s'ils ne voulaient pas l'interner. Ou bien que Fabius a contacté la mafia pour qu'elle s'occupe de Ségolène Royal après le mois de mai.

On peut lire n'importe quoi sur Internet en cherchant un peu, y compris que Sarkozy renonce à sa candidature, ou que Le Pen est mort. Dans le Fig Mag, c'est différent. Là, c'est un manque de conscience professionnelle, de la désinformation, du grand n'importe quoi. 

Bon sang, ,mon grand-père lit ce papelard!! Que va-t-il s'imaginer? Non Grand-Père, si tu me lis, ta petite fille n'est pas devenue une partisane sanguinaire! Quand je pense que j'ai même embarqué mon petit frère dans une de ces épopées prétenduement violentes, et que j'étais toute fière de parler autour de moi de ces collages en famille. Bon sang de bonsoir, c'est un coup à se faire mettre au ban, ça. Il faudrait interdire la lecture de ce magazine aux familles.

Et au bureau, donc. Ils vont me regarder d'un sale oeil la prochaine fois que je punaiserai des histoires drôles ou des caricatures au-dessus de la photocopieuse! On sait jamais, des fois que j'aurais remplacé la tête de l'épingle par une petite bombe remplie de verre pilé.  

Du verre pilé. Non mais il faut l'entendre, tout de même. 
Une question se pose. A quel moment atteindrons nous les limites de l'extrême? Les tréfonds du fond? Le bout de l'horreur? les bornes des frontières?

Je trouvais que la campagne se dramatisait beaucoup ces derniers jours. Evènements spectaculaires, rumeurs grondantes, suspens sur la courbe de Le Pen dans les sondages... Moi aussi, je peux en rajouter dans le dramatique, non mais. Montrer comme j'ai peur pour mon pays, que je sens menacé de toute part, faire semblant de croire qu'on est en guerre, que les gens restent muets de peur. 

En faire trop, quoi. Par exemple comme ça (cliquer sur podcast) :


podcast

La France est en guerre, les UDF sont les tueurs de la guérilla urbaine. Non mais vous ne trouvez pas que trop c'est trop

  Les corbeaux et les sansonnets
Par bandes passent dans le ciel
Dans l'air neigeux, par dessus genêts
Et s'abattent dru comme grêle
Sur les labours de ce pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
R : Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche
, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes

Les arbres dressent branches nues
Vers les cieux gris silencieux
Tendent leurs branches nues vers les nues
Tandis que des loups orgueilleux
Hurlent partout sur le pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
R

Sur la campagne démembrée
Que le vent transit toute entière
En place des talus arrachés
Poussent les arbres des cimetières
Plantés tous noirs sur le pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
R

Les gens immobiles se taisent
La langue engourdie dans la bouche
Serrés autour de l'âtre où les braises
Rougeoient comme les tas de souches
Qu'on voit fumer sur le pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
R

Les corbeaux et les sansonnets
Par bandes passent dans le ciel
Dans l'air neigeux, par dessus genêts
Et s'abattent dru comme grêle
Sur les labours de ce pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
R

Paroles et musique : Gilles Servat 

08 avril 2007

Des bruits courent

Sur internet, des bruits courent toujours.

Sortira du bois? sortira pas? (cliquer sur "podcast")


podcast
 

La rumeur est partie d'ici et là, et se développe comme rien. Sur du vide. De toute façon, plus le bruit monte, plus le moment approche où quelqu'un d'autorisé dira quelque chose d'audible.

Et alors? Ca fera pffuit.

A ce stade de la campagne, plus personne ne dialogue vraiment. Certains penseront que Nicolas Sarkozy est une victime. D'autres que c'est un immonde personnage. Et on saura la vérité dans 5 ans. Peu importe. Je crois qu'il va perdre ces élections. Non pas à cause d'une rumeur à 2 francs (oui, c'est l'europessimisme sarkozien, on ne dit pas rumeur à 2 euros à l'UMP, rapport à la BCE qui fait rien qu'à nous causer des ennuis seulement à nous et pas à l'Allemagne par exemple). Non pas à cause d'une rumeur à deux francs, donc, mais parce qu'il se plante de stratégie. 

Il va trop loin. 

il court il court le furet le furet du bois mesdames il court il court le furet

le furet du bois-joli

il est passé par ici

il repassera par là

qu'est-ce qu'il a?

Vous voulez d'autres comptines? Voyez par ici...

13 mars 2007

Les chiraquiens en folie... mais pas seulement!

Comment ils se lâchent sur le blog de Carignano...
Allez voir par ici!

Un extrait savoureux :
"Les instances sont totalement phagocytées par les sarkozystes et la
liberté d’expression n’existe plus en interne depuis que votre candidat
en a pris la direction. Dans les réunions internes, il nous est demandé
de ne pas parler mais d’être présent pour faire du chiffre, etc.

Quant aux élections internes, il y a eu tellement de pression que
personne n’a pu se lancer, soit parce que les Conseillers Nationaux se
voyaient empêcher de parrainer un autre candidat sous peine de
sanction, soit parce que directement il était expliqué aux « candidats
» qu’il valait mieux pour eux ne pas trop faire de problèmes… Ceci sans
parler du trucage des chiffres. D’ailleurs, où est l’huissier qui
devait vérifier que tout s’était passé le plus proprement du monde ?
Nulle part. Part contre, Robert Pandraud, responsable des élections
internes a reconnu qu’il y avait des motifs d’invalidation, etc… Il y a
d’ailleurs en ce moment même des procédures judiciaires en cours à ce
sujet.
"

C'est ce que Bayrou dit depuis 2002, mais avec mon scepticisme habituel (dont je vous fais grâce ici), je pensais que c'était exagéré (et de toute façon il le disait déjà aussi du RPR il me semble). Ca fait bizarre de penser que ça peut venir de militants UMP, et de militants qui souhaitent rester à l'UMP et qui croient à ce parti.
Au moins, au PS, ils ont joué le jeu des primaires, c'était risqué, et Ségolène Royal a parfaitement raison de dire que ça l'a fragilisée.
En même temps, si ces partis n'étaient pas des agrégats de courants de pensée opposés, il ne serait pas si compliqué de s'entendre sur les contenus.

La campagne est beaucoup plus intéressante depuis qu'il y a trois candidats possibles, et quatre "gros". En France, on est pas faits pour le bipartisme, on l'a jamais été. Il nous faut du vrai choix.

Et alors on a les mêmes à gauche, voyez cet article sur Agora Vox (avec les commentaires), d'un homme qui se déclare "Cadre intermédiaire de la CGT et ancien militant de la Ligue communiste".

J'aime surtout la conclusion :

"C’est une chance incroyable qui nous est offerte. Et puis il faut que j’avoue un dernier sentiment : je vais voter Bayrou par pur plaisir. Pas simplement par raison, pas simplement par sympathie mais aussi parce que ça me fait plaisir et que depuis 1981, j’étais devenu vieux en politique.
Alors oui, Bon Dieu de bois, je suis toujours de gauche, résolument de gauche et je ressens un enthousiasme que je ne me connaissais plus. Une sorte de remontée de sève tout à fait savoureuse. La vie est belle et demain sera plus beau qu’aujourd’hui dans une république des vraies vertus plutôt que dans celle des petites vertus."

En folie, vous disais-je...
Mmh, le printemps arrive tôt, cette année.
La ligue communiste, vraiment?

Je m'amuse beaucoup, dans cette campagne. D'ailleurs, ce soir j'ai réunion, et j'ai fait mon gâteau à l'orange. Pas cramé. Pour ceux qui s'en inquiéteraient, d'ailleurs, ma tarte au chèvre était quand même mangeable. On reconnaissait très bien le goût une fois dans la bouche, même si, vue de dessus, on aurait plutôt dit un gâteau au chocolat. 

"Etre une femme libérée, tu sais c'est pas si facile" 

11 mars 2007

Chirac en live

Quelques notes écrites en direct pendant la prestation chiraquienne.

20:07 Mais il va se prononcer pour Bayrou ou je rêve?
20:08 : contre l'extrémisme, le rôle particulier que porte la France dans le monde, l'unité nationale, l'écologie. Non mais je rêve... François?
20:09 : c'est pourtant vrai qu'il a l'air ému. J'ai toujours été épatée par la sincérité de cet homme, et pourtant, je n'en pense pas que du bien. Je vous aime. Il fallait oser le dire. J'hallucine un brin. C'est vraiment un homme d'Etat. 

20:10
Bayrou, maintenant.
Ah non, Chazal résume d'abord :
Ne composez pas
Croyez en vous et en la France
Croyez en l'Europe, la France est singulière
Urgence écologique

20:12 Tiens, Ségolène Royal est "en direct de Solférino". Chez les éléphants qu'elle a bien égratignés ce matin.
Je réfléchis, c'est quand même un camouflet que vient de se prendre Sarkozy là. Quelque chose dans la façon de dire qu'il ne fallait pas composer avec les extrêmismes, et la mention des "heures les plus sombres de notre histoire". Ce serait pas une façon de dire qu'il "ne faut pas jouer avec le feu", par hasard?
20:13 Une news du Monde. Il paraît que Chirac n''est pas candidat. Merci les gars.

20:14 Ségolène Royal
Un moment historique. Ca veut pas dire grand chose, mais c'est quand même vrai. Elle rappelle que l'opposition, c'est entre la droite et la gauche. Ben voyons.
hi hi elle reprend la fracture sociale. En résumé : je suis d'accord avec les beaux discours de Chirac, mais je veux passer aux actes.

20:17 Jean-Pierre Raffarin. Toujours pas compris ce qu'il faisait dans la campagne de Sarkozy, si peu de temps après son désaveu sur fond de crise (non pas que je l'en pense spécialement responsable, mais il en est venu à incarner les échecs du second mandat de Chirac). Pas la meilleure image de rupture. C'est peut-être une façon d'atténuer les effets de l'annonce de la création du ministère de "l'immigration et de l'identité nationale" Ah, une petite anecdote, et puis le rappel des valeurs humanistes et sociales de Chirac. Il se dit touché, lui aussi. Son intervention est exactement dans la tonalité de celle de Chirac. Un bel exercice de style, en tout cas.
20:20 Le Pen.
Ah... "le plus mauvais président de la République de l'histoire de France"
Lol, c'est un peu ce que tout le monde dit depuis des mois. Il est bon quand même ce gars.
Bilan de faillite. Du coup, Ségolène Royal a un peu l'air de rien!! Et il rappelle la corruption. Ben oui c'est vrai.

20:22 Bayrou, ahhh
"J'ai trouvé que c'était très bien". Rappel des débats et confrontations avec Chirac, et coup de chapeau. Il dit que c'est le fil conducteur de ce qu'on devrait suivre en France. C'est sans doute ce que tout le monde pense, là aussi. Donc c'est bon.
Il a dit deux choses, qui sont pour moi très importantes. La France a un projet de société qui ne ressemble à aucun autre. Ce projet vaut pour la voix de la France par l'Europe et dans le monde.
Même s'il pense qu'il n'a pas toujours agit selon ses discours : cela appartient au débat politique.
A la dimension d'un chef d'Etat qui achève son mandat.
Ce qui est hallucinant, c'est que l'idée du projet de société de la France qui vaut au-delà d'elle-même, ça fait l'objet de plusieurs pages dans son livre, à Bayrou.

20:25 Evidemment, je pense que c'est Bayrou qui a été le meilleur.

20:35 J'ai été faire un peu de cuisine pour un pot demain, pendant le reste des infos. En revenant, je remarque la très belle broche de Claire Chazal. Diamonds are a girl's best friends...

20:38 Bon, la différence projet/programme. Il a quand même donné un programme de social économie hyper chiffré, il y a une semaine.
Elle essaye de montrer qu'il refuse de rentrer dans le détail. Ca tombe bien, il se trouve que c'est leton qu'il souhaite adopter.

Ah... est-ce que c'est facile de réformer. Rappel de son mandat de ministre, et de la cogestion. Faut-il brusquer la France.Lui ne rêve pas de plaies et de bosses. Pour faire des réformes il faut parler avec les gens. C'est pourtant vrai... Il rappelle qu'il est heureux qu'un ministre trouve des syndicats en face de lui. Allez, droite ou gauche? Bipolarité depuis le début de la cinquième, S. Veil qui demande une alternance...
Je me situe comme qqn qui gagnera le deuxième tour. J'aime la politique qui dit toujours la même chose. La valeur d'un combat qui suit toujours la même ligne. Suivre des principes qui seuls permettront de reconstruire la France.

Et s'il n'est pas au second tour? Je ne veux pas d'accords d'appareil. Il revendique son expérience, mais apporte quelque chose de nouveau.

20:45 ben c'est fini.

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Quelques remarques, quelques instants plus tard. Bien entendu, ce qui frappe, c'est quand même l'absence de Nicolas Sarkozy. On comprend bien pourquoi cela dit : ne pas apparaître comme héritier, et ne pas se prendre une tarte si tarte il devait y avoir. Ségolène Royal est apparue un peu coincée, sur fond d'affiche de propagande. Raffarin a donné l'impression d'être à une réunions entre amis. Le Pen a dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Et Bayrou a eu une tête de successeur. Le simple fait d'être sur le plateau ce soir-là lui a donné un air de futur président de la République. Même si Chazal s'est un peu acharnée sur lui. Je trouve qu'il a pas mal répondu. Je me suis demandé pourquoi il répondait pas avec des chiffres, et les idées précises développées lors de la conférence de presse sur la social-économie, l'appréciation de l'institut de l'entreprise sur la viabilité de son programme, etc... Mais c'est vrai que ça aurait été rentrer dans le jeu qu'il refuse de jouer.
Il ne se laisse pas entraîner sur un chemin qu'il ne veut pas suivre : c'est fort, cela, et pas facile.

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Un cramage de tarte, 75 coups de fils familiaux et quelques lectures plus tard. 

 

Je reprends le passage qui m'a fait tiquer dans le discours de Chirac.

"S'agissant des échéances électorales, j'aurai l'occasion d'exprimer mes choix personnels. Mais ce soir, et au nom de la confiance que vous m'avez témoignée, je voudrais vous adresser plusieurs messages.

D'abord, ne composez jamais avec l'extrémisme, le racisme, l'antisémitisme ou le rejet de l'autre. Dans notre histoire, l'extrémisme a déjà failli nous conduire à l'abîme. C'est un poison. Il divise. Il pervertit, il détruit. Tout dans l'âme de la France dit non à l'extrémisme.

Le vrai combat de la France, le beau combat de la France, c'est celui de l'unité, c'est celui de la cohésion. Oui, nos valeurs ont un sens ! Oui, la France est riche de sa diversité ! Oui, l'honneur de la politique, c'est d'agir d'abord pour l'égalité des chances ! C'est de permettre à chacun, à chaque jeune, d'avoir sa chance. Ce combat, malgré tous les obstacles, et même si je mesure le chemin qui reste à parcourir, il est désormais bien engagé. Il doit nous unir dans la durée. C'est l'une des clés de notre avenir."

C'est d'abord ce verbe "composer", qui m'a fait dresser l'oreille. Cela fait pour moi clairement référence à des calcules électoraux, et s'adresse assez clairement à Nicolas Sarkozy, beaucoup plus que si Chirac avait mis en garde contre le fait de céder ou de baisser les bras, ou que sais-je encore. Composer, c'est tenir cet élément là comme un pièce comme les autres sur l'échiquier, avec laquelle on peut jouer selon les mêmes règles. Chirac explique qu'il n'en est rien. Je trouve particulièrement frappant qu'il utilise cette notion "d'âme de la France". C'est une façon lyrique de parler d'identité nationale, non?  

Je comprends ça comme : le projet de définir notre identité nationale au sein d'un ministère est contraire à l'âme de la France. C'est un combat de mots. Il montre que ce n'est pas la même chose de dire "identité nationale" et "âme de la France". L'identité, ça permet de distinguer du voisin, alors que l'âme, c'est l'esprit qui unit les parties du corps et leur donne vie. On est bien dans le combat de mots et de symboles, sur le terrain même où Nicolas Sarkozy a voulu aller en annonçant la création de ce ministère. Il a voulu montrer sa volonté de rupture, et choquer, pour bétonner son électorat sur la droite. Chirac lui répond, sur le même terrain, que ça ne se fait pas. 

Je me demande comment comprendre ce mot de "message" : un simple avertissement à NS? un signe de sa prise de position à venir?

L'insistance sur les idées d'unité et de cohésion, deux mots pour dire la même chose, dans un paragraphe très emphatique, ne peut pas être anodine non plus. Bon après je me suis aussi sentie concernée par les appels à l'Europe et l'insistance sur les enjeux écologiques, mais c'est moins spécifique (même si Bayrou est plus crédible)

Quel suspens, mes amis, quel suspens.

 PS : au fait, j'ai regardé sur TF1 parce que je ne reçois pas la 3. Et je pense quand même que le second mandat de Chirac a été particulièrement marqué par l'immobilisme forcé à cause de sa très mauvaise analyse du 21 avril. Je pense aussi que viendra le temps de rendre des comptes devant la justice, et qu'il a trahi Giscard. Ne nous méprenons pas.